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Revenons à nos moutons

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Dans le monde du vêtement, on discute habituellement de la fibre et la composition comme l’un des aspects principaux d’une conception, en se dissociant de sa provenance. Au courant des derniers mois, je me suis concentrée sur l’animal qui nous offre cette fibre tant appréciée chez ça va de soi, le mouton. 

Afin de clore en beauté le mois de la laine, je vous partage les diverses expériences qui m’ont permis d’en apprendre davantage sur les moutons, oui, mais aussi sur les bergers et les passionnés de ce domaine qui nous permettent d’avoir accès à leur laine. 

Ma première rencontre avec le mouton cette année fut à la ferme Chassagne, située à quelques kilomètres de Toronto, en Ontario. Carole Precious, la propriétaire de la ferme, avait préparé une magnifique journée afin de souligner l’un des moments les plus importants de l’année, Shearing Day. Toute l’attention était sur le mouton, et sur le moment où celui-ci nous offre sa toison après une longue année de croissance. 

À la ferme Chassagne, nous retrouvons un élevage de moutons Shetland originaires des Shetland Isles, en Écosse. Depuis des décennies, Carole s’assure de la qualité de son troupeau et de sa reproduction puisque celui-ci est à l’origine de tous les troupeaux de moutons Shetland en Amérique du Nord. 

Shearing Day, la journée de la tonte, est un moment à souligner chaque année. Après avoir mis bas et avant les chaleurs de l’été, les brebis sont doucement prises une par une pour la tonte de la laine, d’où résulte une belle toison prête à être nettoyée. Carole nous expliquait qu’elle profite aussi de ce moment pour couper les onglons des moutons, afin de ne pas les stresser davantage à un autre moment. Le tout est fait en douceur et rapidement, puisque le mouton a tendance à être nerveux. 

Une fois tondue, la toison est déposée sur un grillage, où Carole et son équipe l’observe et décide de la qualité de celle-ci, sur une échelle de 1 à 5. Bonne pour le filage, ou préférable pour le feutrage, Carole connaît ses toisons et leur qualité. Les parties les plus sales sont ensuite enlevées - celles-ci seront utiles pour réchauffer et recouvrir le jardin, par exemple - et la toison est pliée avec une technique spécifique qui permet de savoir où se trouvait la tête de l’animal. C’est alors le début d’un long processus qui dépendra de l’utilisation finale de chaque toison. Nettoyage, cardage, filature se feront au courant des prochaines saisons. 

Cette année, nous avons eu la chance d’avoir accès à trois teintes naturelles de laine de la ferme Chassagne pour le Maille Club, notre club de tricot mensuel, afin de soutenir la belle collaboration entre Chassagne et ça va de soi. Le Shetland est une fibre qui peut filer très finement, mais qui garde un aspect rustique qui rappelle la provenance de la fibre. 

Tricoteuse moi-même, je n’ai pu résister à me procurer quelques écheveaux de laine Shetland lors de mon séjour à la ferme, qui sont, à cette heure-ci, devenus un magnifique cardigan col rond. 

Le deuxième projet-mouton de mon année s’est concrétisé grâce à l'éco-pâturage Biquette, en plein coeur de Montréal. De nombreux résidents ne sont pas encore familiers avec les moutons du parc Maisonneuve. Ceux-ci ne sont pas des moutons élevés pour leur laine, mais plutôt pour leur gestion de l’environnement. Les moutons sont des paisseurs, ce qui veut dire qu’ils broutent la végétation basse, et sont donc parfaits pour être utilisés comme «tondeuse», ce qui favorise, en même temps, la biodiversité. Le Repaire Biquette a aussi une mission d’éducation sur la fibre et tout ce qui l’entoure, en offrant plusieurs ateliers au courant de l’été comme le feutrage, la teinture végétale ou encore des moments de tricot-moutons. 

À la suite de ma belle formation sur les toisons à la ferme Chassagne, j’ai entrepris comme projet de m’occuper moi-même d’une toison, pour apprendre les différents processus de nettoyage, cardage et filature. Chez ça va de soi, l’éducation de l’équipe sur les différentes fibres et propriétés de celles-ci est la première étape d’introduction à la maison. Il est important pour nous de connaître les fibres afin de les faire rayonner, et j’ai décidé de pousser mon éducation en pensant aux processus qui sont exécutés par nos filateurs, avant d’arriver aux boutiques. 

Ici est arrivé dans ma vie la toison de Tibo, mouton de Biquette, probablement de race Corriedale. Les Corriedale ont une fibre assez fine qui permet une belle longueur. C’est alors aux côtés de Tibo que j’ai découvert l’envers du décor de la fibre. La nettoyer sans la feutrer, en s’assurant d’enlever un maximum de lanoline, enlever toutes traces de matière végétale, paille, herbe, petites feuilles, carder la fibre doucement, sans l'abîmer, et finalement la filer. Une foule d'exercices qui m’ont permis d’être en synergie avec la fibre. 

C’est aussi à ce moment que j’ai réalisé à quel point la fibre est précieuse. Sur une toison de 8,2 lbs, celle de Tibo, suite au processus de lavage et picking (processus où l’on enlève la matière végétale accumulée), seulement 5,3 lbs étaient utilisables pour carder. En faisant quelques recherches, j’ai appris qu’il est normal qu’une toison puisse perdre environ 30% - et jusqu’à 50% - de son poids lors des premiers processus de nettoyage. Chaque fibre est alors devenue doublement importante pour moi. 

Il n’y a pas de conclusion finale au projet Tibo, puisque laver, carder et filer 5lbs de laine, c’est long, et il faut être patient. 

La conclusion de ce projet est plutôt l'apprentissage au travers des différentes étapes de ce long processus. En plus d’un grand amour pour les moutons, j’ai aussi développé un grand respect pour tous les acteurs du parcours de la laine, que ce soit les bergers, fermiers, éducateurs, artisans, producteurs, filateurs, mais aussi ceux qui utilisent cette fibre, tricoteurs artisanaux et professionnels. Sans toutes ces belles personnes-là, on ne pourrait pas se réfugier dans nos beaux chandails de laine lorsque l’hiver se pointe le bout du nez.